Conjoncture Flash Août 2026 : Malgré le contexte chahuté, l'activité résiste
Les turbulences liées au contexte international se sont nettement ressenties dans les enquêtes de conjoncture des derniers mois, que ce soit en zone euro ou au Luxembourg. L’activité en zone euro a cependant bien résisté au 2e trimestre et montre au fil des derniers trimestres une progression modérée mais régulière.
L’activité en zone euro a bien résisté au 2e trimestre 2026, avec une progression du PIB de 0.4% sur un trimestre. Ce résultat est meilleur qu’attendu (le consensus initial des analystes tablait sur une hausse de 0.2%), considérant les signaux négatifs que représentaient le choc d’inflation énergétique lié au conflit au Moyen-Orient et la dégradation des enquêtes de conjoncture observée au cours du printemps. L’activité est repartie à la hausse en France, avec +0.2% (après -0.1% au T1), soutenue par un rebond des exportations aéronautiques et des biens d’équipement. Une progression identique a été enregistrée en Allemagne1, soutenue là aussi surtout par les exportations et dans une moindre mesure par la consommation des ménages, tandis que l’investissement s’est replié. L’Espagne (+0.7%) a par ailleurs conservé un rythme d’expansion similaire à celui observé en moyenne sur les quatre trimestres précédents, demeurant un contributeur majeur à la progression d’ensemble. L’Irlande, dont l’évolution du PIB est particulièrement volatile, a largement influé sur les chiffres du PIB de la zone euro au cours des derniers trimestres. Contrairement au 1er trimestre, où elle avait lourdement pesé sur la croissance de la zone euro2, elle apporte cette fois-ci une contribution positive. Sans l’Irlande, la variation du PIB de la zone euro s’élève à 0.3% sur un trimestre, un résultat identique à celui des trois précédents trimestres. Au-delà de la volatilité liée aux résultats irlandais, la tendance de fond en zone euro est donc celle d’une croissance certes modérée (avec des différences notables selon les pays), mais relativement constante.
Cette image contraste avec les fluctuations importantes relevées dans les enquêtes de conjoncture (tant du côté des entreprises que des consommateurs) sur la même période. Les opinions des acteurs économiques ont clairement reflété les soubresauts d’un contexte international déstabilisé, marqué notamment sur les derniers mois par les conséquences de la guerre en Iran (et en particulier le renchérissement de l’énergie). Malgré une certaine accalmie en juin-juillet à la suite de la signature d’un protocole d’accord entre États-Unis et Iran, la situation s’est depuis nettement retendue entre les deux protagonistes. Le nombre de navires transitant par le détroit d’Ormuz, qui s’était temporairement redressé, est revenu à son plus bas niveau et rien de concret n’indique pour le moment un déblocage à venir.
[1] Le résultat allemand du 1er trimestre 2026 a par ailleurs été nettement révisé à la hausse, à +0.4% (contre seulement +0.1% dans l’estimation précédente).
[2] L’Irlande avait alors vu son PIB diminuer de 7.0% sur un trimestre. Sans l’Irlande, la zone euro aurait connu une hausse de 0.3% au 1er trimestre (au lieu d’une stagnation).
Indicateurs de confiance
Sources : S&P Global PMI, STATEC
Et au Luxembourg ?
Au Luxembourg, les indicateurs de confiance des entreprises3 et des consommateurs, qui comme en zone euro s’étaient affaissées au cours du printemps, se redressent un peu à l’entrée de l’été, mais il serait risqué de parier sur un début de retournement.
Les chiffres du PIB luxembourgeois pour le 2e trimestre ne sont pas encore connus, mais différents éléments se dégagent des indicateurs de court terme disponibles. Des signaux plutôt positifs sont à noter du côté de la consommation des ménages, avec un chiffre d’affaires en volume du commerce de détail en progression par rapport au 1er trimestre (hors débits de carburants et vente par correspondance) et une nette remontée des immatriculations de voitures neuves (après une quasi-stagnation au T1). Les émissions nettes d’OPC sont restées relativement élevées, dans un contexte boursier qui demeure dynamique (voir ci-après). La production industrielle a progressé pour le 3e mois consécutif en mai et celle de la construction continue à suivre sur le même mois la tendance légèrement ascendante débutée à la fin de 2025. Du côté des services non financiers, les résultats de production (chiffre d’affaires en volume), disponibles pour avril et mai, sont mitigés : plutôt mieux orientés qu’au 1er trimestre dans les branches des transports et entreposage, de l’Horeca et des activités immobilières, mais en repli du côté des services d’information et communication et des services aux entreprises.
[3] L’indicateur de confiance des entreprises regroupe les résultats de plusieurs questions issues des enquêtes de conjoncture menées auprès d’entreprises des branches de l’industrie, de la construction, du commerce de détail et des autres services non financiers. Les acteurs du secteur financier ne font pas l’objet d’une enquête de conjoncture dédiée.
Environnement
Précipitations au Luxembourg
Source : Agrarmeteorologie Luxemburg
Régime sec
Une grande partie de l’Europe a connu plusieurs épisodes de canicules / vagues de chaleur de mai à août, un phénomène auquel le Luxembourg n’a pas échappé. Les températures journalières relevées à Luxembourg-ville ont été particulièrement élevées en juin (20.1 °C, soit presque 3 degrés de plus que la température normale pour ce mois – moyenne 1995-2025) et juillet (21.3 °C, soit 2.5 degrés de plus que la normale de saison). Les températures élevées se sont associées cette année à des précipitations particulièrement faibles : sur les 7 premiers mois de l’année, elles marquent un déficit de plus de 30% par rapport à une année normale (-60% d’avril à juillet).
Les conséquences de cette sécheresse sur l’activité économique sont pour le moment difficiles à évaluer. Dans l’enquête de conjoncture menée auprès des professionnels de la construction, celle de juillet 2026 (la dernière en date) montre que les entreprises sont un peu plus nombreuses à évoquer les conditions climatiques comme facteur limitant leur activité (environ 10% des entreprises, contre seulement 5% en juillet 2025). Par ailleurs, le faible niveau des fleuves et rivières est susceptible de venir perturber la chaîne logistique de certaines industries, notamment pour les matériaux acheminés ou expédiés via la Moselle. Enfin, la faiblesse annoncée des rendements de certaines productions agricoles est susceptible d’impacter à la hausse les prix de l’alimentation.
Inflation 1/2
Inflation alimentaire
Source : Eurostat
Inflation alimentaire : les risques de hausse s’intensifient
L’inflation alimentaire demeure modérée et poursuit son ralentissement, tant au Luxembourg (1.3% en juillet après 2.8% en janvier) que dans la zone euro (0.8% après 2.2%). Cette évolution s’explique notamment par l’atténuation des pressions sur les prix de la viande (+2.5% sur un an en juillet dans la zone euro, contre 5.3% en janvier). Les hausses du prix de la viande étaient particulièrement marquées entre 2021 et 2023 sous l’effet retardé de l’envolée des coûts de production et de la réduction des cheptels. D’autres produits qui avaient contribué à l’inflation alimentaire ces derniers mois, comme le café et le chocolat, exercent également une pression nettement moins importante qu’en début d’année.
Les risques à la hausse demeurent toutefois importants. Les sécheresses et canicules de 2026 ont déjà affecté les récoltes en Europe, tandis que les faibles niveaux d’eau du Rhin et du Danube perturbent le transport de marchandises et renchérissent certains coûts logistiques. À cela s’ajoute la hausse des prix des engrais azotés, liée à la fermeture du détroit d’Ormuz. Enfin, les organismes météorologiques anticipent un épisode El Niño de forte à très forte intensité d’ici la fin de l’année, ce qui pourrait accentuer les tensions sur les matières premières agricoles, en particulier les cultures tropicales. Dans ce contexte, le STATEC prévoit une inflation alimentaire de 2.1% en 2026, qui remonterait à 2.4% en 2027.
Inflation 2/2
Restaurants, cafés et établissements similaires*
Sources : Eurostat, STATEC (*hors cantines)
Un peu plus de tensions sur les prix des restaurants
Les prix des restaurants avaient fortement augmenté en 2022 et 2023, tant au Luxembourg que dans la zone euro. Depuis 2025, leur progression s’établit autour de 4% dans la zone euro, un rythme nettement supérieur à celui observé avant la pandémie (1.7% par an entre 2010 et 2019). Au Luxembourg, la hausse était encore limitée à 3% en 2025, mais elle a depuis rejoint celle de la zone euro, atteignant 3.9% en juillet.
Malgré ce rapprochement, les restaurants contribuent davantage à l’inflation dans la zone euro qu’au Luxembourg, notamment à l’inflation des services. Cela s’explique par leur poids plus important dans le panier de consommation des ménages (8.6% dans la zone euro contre 7.2% dans l’IPCN luxembourgeois ; soit 18.3% des services en zone euro contre 16% au Luxembourg). Les ménages de la zone euro consacrent par ailleurs une part plus élevée de leur budget alimentaire (produits alimentaires, restaurants, cantines et cafés) aux repas pris hors domicile. Cette part atteint en moyenne 37%, contre 34% au Luxembourg. Depuis la crise sanitaire, les résidents du Grand-Duché ont réduit cette proportion de 2 points de % par rapport à 2019. À l’inverse, plusieurs pays de la zone euro ont enregistré une hausse marquée des dépenses de restauration, notamment l’Espagne et la France, où la part des repas hors domicile dans le budget alimentaire a augmenté d’environ 8 points de % depuis 2019.
Marché du travail
Heures prestées par les intérimaires
Sources : IGSS, STATEC (données désaisonnalisées)
Redressement du travail intérimaire
Au Luxembourg, le volume d’heures prestées par les travailleurs intérimaires a augmenté de 10% entre les 1iers trimestres 2025 et 2026, rompant avec la tendance baissière observée depuis le début de 2022. La construction (presque 40% du total des heures prestées par les intérimaires en 2025) est le principal moteur de ce redressement, affichant une progression de près de 20% sur un an au 1er trimestre 2026. Le caractère précurseur du travail intérimaire – signal précoce d’une demande accrue de main-d’œuvre – laisse présager une certaine reprise de l’emploi dans la construction (après une stabilisation entre T1 et T2 2026, selon des données préliminaires). La branche «transports et entreposage» contribue aussi significativement à la hausse des heures intérimaires, avec une progression de 40% par rapport au 1er trimestre 2025. L’industrie (+5%) et les activités financières et d’assurance (+74%, mais ne représentant que 4% des heures intérimaires l’an dernier) y participent dans une moindre mesure. En revanche, des baisses sont enregistrées dans l’information et communication (-80% sur un an, après un pic au tournant vers 2025) et dans le commerce (-9%).
Malgré cette reprise récente, le volume d’heures intérimaires demeure au total de 18% inférieur à son niveau du début de 2019 (il a par contre plus que doublé dans les transports et la santé).
Construction
Prix des prestations dans la construction
Sources : Commission européenne, Eurostat, STATEC
Note : Pour le Luxembourg, les prix de la construction sont extrapolés sur base de données semestrielles.
Une accélération (encore) modérée des prix de la construction
Les perspectives d’évolution des prix de prestations des entreprises de la construction avaient significativement augmenté à partir de mars, en réaction aux craintes inflationnistes liées à la guerre en Iran. Sur les derniers mois, ces inquiétudes ne se sont pas intensifiées davantage au Luxembourg, mais les anticipations de prix demeurent à un niveau nettement plus élevé qu’au début de l’année. En zone euro et dans les pays limitrophes, elles ont en revanche légèrement reflué récemment.
Les prix observés de la construction, après avoir explosé en 2021-2023 suite aux problèmes d’approvisionnement post-Covid et à la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine, ont ralenti en 2024. Ils réaccélèrent graduellement depuis le début de 2025. Ainsi, les prix de la construction augmentent de 2.7% sur un an au 2e trimestre 2026, après 2% à la fin de 2025. Ces prix observés corrèlent bien, avec un certain retard, avec les évolutions anticipées issues des enquêtes de conjoncture, qui pointent vers une accélération supplémentaire à venir. En zone euro, les prix ont connu une évolution très similaire qu’au Luxembourg, avec toutefois une accentuation de la croissance des prix plus forte au dernier trimestre, en particulier en Allemagne (+5% sur un an au T2 contre +3.3% au T1).
Secteur financier
Actifs des organismes de placement collectif au Luxembourg
Source : CSSF
Belle remontée des valorisations des fonds d’investissement
Après avoir brièvement chuté en mars sous l’effet des remous en bourse liés au conflit en Iran, les valorisations des actifs des fonds d’investissement sont fortement reparties à la hausse. Les actifs nets sous gestion des organismes de placement collectif (OPC) au Luxembourg affichent une croissance notable de 16% sur un an à la fin du mois de juin.
Les valorisations avaient bondi pour les actions, portées par l'espoir d'une désescalade au Moyen-Orient et de bons résultats d'entreprises (notamment dans les secteurs technologiques et liés à l'IA). Les déclarations de la Réserve fédérale avaient quant à elles conduit à une appréciation significative du dollar par rapport à l'euro et les marchés boursiers européens avaient été soutenus par la baisse des prix du pétrole. Les émissions nettes avaient ainsi particulièrement progressé dans les actifs du marché monétaire en dollar et dans la plupart des fonds actions en juin.
Les valorisations en bourse ont poursuivi leur tendance à la hausse durant l’été. La zone euro demeure portée par les valeurs bancaires et pétrolières, malgré les fluctuations importantes des prix du Brent. Les taux d’intérêt ont aussi continué d’augmenter, notamment sous l’effet de la hausse du taux directeur de la BCE en juin.
International
Dette publique des États-Unis
Source : Département du trésor Américain
La dette publique US continue à s’accroître
En moins d’une décennie, la dette publique fédérale des États-Unis a doublé, franchissant les 40 000 Mia USD, avec une détention à hauteur de 80% par des créanciers hors du gouvernement fédéral et de 20% par les entités fédérales américaines. Le déficit public, proche des 6% du PIB, alimenté par des réductions d’impôts et des hausses de dépenses, couplé à des taux souverains en hausse, contribue à la poursuite de l’accroissement de la dette du gouvernement américain. Cette configuration vient aussi alimenter une spirale néfaste : l’augmentation de la dette accroît la charge d’intérêt, ce qui creuse le déficit budgétaire, lequel vient à son tour alimenter la hausse de la dette publique.
Ce flux soutenu d’émissions de dette souveraine américaine entre en concurrence avec les besoins de financement des économies de la zone euro. Cette pression s’ajoute à des facteurs structurels et conjoncturels, notamment la remontée des anticipations d’inflation et les perspectives de croissance révisées à la baisse dans le sillage de la guerre en Iran. L’ensemble contribue à durcir les conditions de financement dans la zone euro et à y maintenir les taux souverains à des niveaux historiquement élevés. Cette pression est également renforcée par les anticipations d’une hausse des taux directeurs de la BCE d’ici la fin de l’année.
Tableau de bord
Source : STATEC. Cvs - corrigé des variations saisonnières, CNT - Comptes nationaux trimestriels. 1 Estimations sur base de données semestrielles
Repères
Dernière modification le