Eco&Stat n°06-2026 - Qu'est-ce qui explique les différences de bien-être entre les adolescents issus de l'immigration et les adolescents nés dans le pays à travers le monde ? Une analyse par courbes de spécification
De nombreux pays sont confrontés à une crise liée au déclin du bien-être des adolescents, et les adolescents issus de l’immigration ont tendance à s’en sortir encore moins bien que leurs pairs autochtones. Pourtant, on sait peu de choses sur la manière dont les facteurs nationaux influencent l’écart entre les adolescents issus de l’immigration et les adolescents autochtones en matière de bien-être subjectif (BES). À partir des données relatives à plus de 750 000 élèves âgés de 15 ans issus de 42 pays, issues des vagues 2015, 2018 et 2022 du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), nous explorons cet écart entre adolescents issus de l’immigration et adolescents autochtones et examinons ses déterminants au niveau national. Les adolescents issus de l’immigration déclarent une satisfaction de vie inférieure de 0.31 point (sur une échelle de 0 à 10) à celle de leurs pairs autochtones ; toutefois, cet écart varie considérablement d’un pays à l’autre, allant de +0.23 (lorsque les immigrés sont plus satisfaits) à -0.83. Notre principale contribution consiste à examiner cette variation transnationale. À l’aide d’analyses de courbes de spécification, nous montrons que les différences nationales concernant l’écart de bien-être subjectif entre immigrés et autochtones sont systématiquement liées à des facteurs macroéconomiques. Le désavantage en matière de bien-être subjectif des adolescents immigrés est moins marqué dans les cultures caractérisées par une aversion à l’incertitude et une orientation à long terme, mais plus important dans les pays où la population immigrée est plus nombreuse et plus diversifiée. Bien que ces corrélations soient moins solides, la qualité des institutions et une culture individualiste sont également associées à un désavantage moindre en matière de bien-être subjectif chez les adolescents immigrés. Ces résultats soulignent l’importance des contextes nationaux, en particulier de la culture et de la structure démographique, dans la formation des inégalités de bien-être subjectif entre adolescents immigrés et autochtones.
Résumé
Les adolescents issus de l’immigration ont tendance à être moins satisfaits de leur vie que leurs camarades nés dans le pays. Cet écart est préoccupant, au-delà des seules questions d’équité. Ces disparités peuvent aggraver les difficultés liées à la fois à l’assimilation et à l’adolescence, et entraîner des conséquences négatives à long terme, d’autant plus que l’adolescence est une période cruciale pour le développement psychologique et social.
Cependant, selon une nouvelle étude de STATEC Research, les adolescents issus de l’immigration ne sont pas toujours moins bien lotis. Dans certains pays, ils sont même plus satisfaits que les adolescents nés dans le pays. Ce résultat est quelque peu surprenant, car les adolescents issus de l’immigration sont généralement confrontés à des difficultés plus importantes, telles que le harcèlement ou un statut socio-économique moins élevé.
Kelsey J. O’Connor et Fengyu Wu, de STATEC Research, en collaboration avec Martijn Hendriks de l’université Erasmus de Rotterdam et Jose Marquez de l’université de Manchester, examinent l’écart de satisfaction de vie entre adolescents issus de l’immigration et adolescents autochtones à l’aide de données portant sur plus de 750 000 élèves âgés de 15 ans dans 42 pays, issues du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) mené par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Ils constatent un écart moyen entre les pays de 0,31 point de satisfaction de vie sur une échelle de 0 à 10, ce qui est assez important – environ la moitié de l’écart généralement observé chez les adultes sans emploi. Au Luxembourg, cet écart représente environ les deux tiers de la moyenne ; dans ce pays, les adolescents issus de l’immigration affichent une satisfaction de vie inférieure de 0,20 point à celle de leurs pairs autochtones.
Les auteurs constatent que les caractéristiques des pays jouent un rôle prépondérant – elles expliquent plus de 60 % de la variation des écarts à l’échelle mondiale. La culture revêt une importance particulière. Les adolescents issus de l’immigration déclarent la satisfaction de vie la plus élevée par rapport aux autochtones dans les pays qui sont plus « réfractaires à l’incertitude ». La réfractarité à l’incertitude est l’une des six dimensions culturelles définies par le célèbre psychologue social Geert Hofstede, aujourd’hui décédé ; les pays qui obtiennent un score élevé privilégient les règles et les contrats formalisés. Ce résultat n’est pas surprenant, car il est plausible que les immigrés soient mieux à même de s’assimiler dans des pays où les normes sociales sont davantage formalisées plutôt que fondées sur des normes sociales non écrites.
La qualité des institutions joue également un rôle, les immigrés s’en sortant moins bien dans un contexte de gouvernance de moindre qualité, tandis que des populations immigrées plus importantes ou plus diversifiées sont, de manière quelque peu surprenante, associées à des écarts plus importants. Les indicateurs économiques – notamment le PIB par habitant, la croissance du PIB, les inégalités de revenus et le taux de chômage – n’expliquent étonnamment que très peu de choses. Les dépenses de santé publique, la mondialisation et les politiques d’intégration des migrants n’expliquent pas non plus ces écarts.
Cette nouvelle étude indique que le contexte national façonne les expériences des adolescents immigrés au-delà des conditions individuelles ou scolaires. Et plus encore que les conditions économiques ou même les politiques d’intégration des migrants, c’est la culture qui importe. Les gouvernements qui souhaitent réduire les inégalités de bien-être entre immigrés et autochtones doivent comprendre leurs contextes culturels afin d’élaborer les meilleures politiques.
Pour en savoir plus
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Cette publication a été réalisée par Kelsey J. O’Connor and Fengyu Wu (STATEC Research) and Martijn Hendriks (Université Erasmus Rotterdam), Jose Marquez (Université de Manchester). Le STATEC tient à remercier tous les collaborateurs qui ont contribué à la réalisation de cette parution.
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