Déterminants de la rentabilité des entreprises au Luxembourg
Le Luxembourg figure parmi les économies européennes les moins rentables lorsque cette rentabilité est mesurée par le taux d’excédent brut d’exploitation (EBE). Cette étude propose une explication à ce constat. Le taux d’EBE est fortement influencé par la part importante des activités de négoce (négoce international, sous-traitance et activités de distribution) dans le chiffre d’affaires. Globalement, le négoce exerce un effet négatif sur le taux d’EBE dans les pays européens, avec un impact plus marqué au Luxembourg que dans les autres pays.
En valeur absolue, l’excédent brut d’exploitation du Luxembourg a fortement augmenté — de plus de 50 % entre 2008 et 2020 — ce qui indique que l’économie génère effectivement des profits substantiels. L’étude souligne également que la mesure de la rentabilité ne doit pas reposer sur un seul indicateur pour des agrégats larges. En particulier, l’utilisation du taux de marge au lieu du taux d’EBE améliore la position relative du Luxembourg.
Le Luxembourg présente un excédent d’exploitation élevé mais un faible niveau de rentabilité.
Le taux d’excédent brut d’exploitation (EBE) est un indicateur de rentabilité des entreprises généralement utilisé au niveau agrégé. Il mesure la part de l’excédent brut d’exploitation dans le chiffre d’affaires total. L’EBE est défini comme le surplus généré après couverture des coûts du travail.
Selon cet indicateur, le Luxembourg se classe de manière persistante parmi les économies les moins rentables d’Europe, comme illustré à la Figure 1 pour les principales branches d’activité. Ce constat, rapporté par le STATEC et confirmé par les données d’Eurostat, a éveillé des préoccupations quant à la compétitivité et à la performance des entreprises non financières luxembourgeoises.
Figure 1. Classement du Luxembourg selon le taux d’EBE parmi les pays européens.
Source : EUROSTAT SBS data.
Cependant, ce classement ne signifie pas que les entreprises luxembourgeoises génèrent peu de profits en valeur absolue. Au contraire, l’EBE a fortement augmenté au fil du temps, progressant d’environ 55 % entre 2008 et 2020 (voir Figure 2). Sur la même période, le taux d’EBE a fluctué de manière modérée, variant entre 5.5 % et 7 %.
Figure 2. Évolution de l’EBE et du taux d’EBE pour l’ensemble de l’économie marchande non financière au Luxembourg
Source : données SSE d’EUROSTAT.
La part du négoce dans le chiffre d’affaires est comparativement très élevée au Luxembourg
Une comparaison entre pays montre que le Luxembourg présente une part exceptionnellement élevée d’activités de négoce international, sous-traitance et de distribution dans son chiffre d’affaires total. Ces activités, regroupées ici sous le terme de « négoce », jouent un rôle central dans la structure de l’économie luxembourgeoise. Les données indiquent que la part du négoce dans le chiffre d’affaires total des entreprises au Luxembourg s’est systématiquement classée parmi les plus élevées en Europe (voir Figure 3). Bien que cette part ait diminué de plus de 60 % en 2008 à environ 50 % en 2020, le Luxembourg affiche encore la deuxième part la plus élevée de négoce en Europe cette année-là.
Figure 3. Part du négoce dans le chiffre d’affaires pour l’UE27, le Royaume-Uni et la plupart des pays de l’AELE (Islande, Norvège et Suisse)
Source : données SSE d’EUROSTAT.
La faible rentabilité mesurée par le taux d’EBE s’explique par le rôle du négoce
Les données comparatives montrent qu’un niveau plus élevé de négoce est associé à une rentabilité plus faible telle que mesurée par le taux d’EBE. Cette relation est observée dans l’ensemble des pays considérés, à l’exception de l’Allemagne (voir Figure 4). L’effet est particulièrement marqué au Luxembourg par rapport aux autres pays européens.
Figure 4. Effet sur le taux d’EBE (en %) d’une augmentation d’un point de pourcentage de la part du négoce, par pays
Note : Les barres horizontales indiquent la marge d’erreur statistique (intervalles de confiance à 95 %).
La rentabilité varie selon les branches et la taille des entreprises
L’analyse basée sur les données spécifiques au Luxembourg montre que la relation négative entre le négoce et la rentabilité est particulièrement prononcée dans des branches telles que le commerce de gros et de détail, ainsi que les activités de production et distribution d’énergie (électricité et gaz), qui se caractérisent par un chiffre d’affaires élevé par rapport à la valeur ajoutée.
Par ailleurs, la taille des entreprises joue un rôle significatif. Les grandes entreprises, définies comme celles employant 250 personnes ou plus, contribuent fortement à l’excédent brut d’exploitation total, mais présentent généralement des ratios de rentabilité plus faibles que les petites entreprises de moins de 10 employés. Cela s’explique en grande partie par une croissance du chiffre d’affaires plus rapide que celle des profits pour les grandes entreprises.
La productivité demeure un déterminant clé de la rentabilité
Dans les analyses tant internationales que nationales, la productivité du travail est systématiquement et positivement associée à la rentabilité. Bien que cela ne démontre pas une relation de causalité directe, ce résultat est cohérent avec les prédictions théoriques selon lesquelles les entreprises plus productives sont mieux à même de générer un excédent d’exploitation. Cette relation apparaît plus forte dans l’analyse du Luxembourg que dans la comparaison internationale.
Une mesure alternative de la rentabilité améliore la position relative du Luxembourg
L’étude propose l’utilisation du taux de marge comme indicateur alternatif de la rentabilité, car il reflète la répartition de la valeur ajoutée entre la rémunération du travail et l’excédent d’exploitation du capital. L’utilisation du taux de marge (EBE/valeur ajoutée) au lieu du taux d’EBE (EBE/chiffre d’affaires) modifie l’évaluation de la rentabilité du Luxembourg : le pays se classe mieux dans plusieurs branches, et cet indicateur est moins influencé par le négoce. Ces résultats soulignent que la mesure de la rentabilité ne doit pas reposer sur un seul indicateur pour des agrégats larges.
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Cette publication a été réalisée par Evgenii Monastyrenko (STATEC Research) et Giovanni Mangiarotti (STATEC Research). Le STATEC tient à remercier tous les collaborateurs qui ont contribué à la réalisation de cette parution.
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