Conjoncture Flash Octobre 2026 : Entre deux eaux
Le PIB du Luxembourg s’est replié au 2e trimestre 2026. Ce mouvement intervient toutefois dans un contexte où l’évolution de l’activité a été significativement révisée à la hausse sur les trimestres précédents.
Le STATEC a publié le 7 octobre les chiffres du Produit Intérieur Brut (PIB) du 2e trimestre 2026, ainsi que des données révisées pour les précédents trimestres et les années 2024 et 2025 dans leur ensemble[1].
Sur base de ces nouveaux résultats, les évolutions annuelles du PIB en volume pour 2024 et 2025 sont revues à la hausse : +2.0%, contre +0.3% auparavant pour 2024 et +1.4% au lieu de +0.6% pour 2025 dans les précédentes estimations trimestrielles de juin 2026. Sur ces deux années, la croissance luxembourgeoise ressort par conséquent supérieure à celle de la zone euro (+1.2% en 2024, +1.3% en 2025) – ce qui n’était pas le cas dans les estimations précédentes – mais demeure relativement faible par rapport à la tendance observée au cours de la décennie 2010 (+2.5% en moyenne par an).
Selon une première estimation, le PIB en volume a subi un repli de 0.9% sur un trimestre au 2e trimestre 2026. Ce recul est essentiellement lié à de moindres dépenses d’investissement (formation brute de capital fixe), à la détérioration du solde des échanges de biens et services (en forte progression sur les deux trimestres précédents) et, dans une moindre mesure à la baisse de la consommation des ménages.
Malgré ce repli marqué au 2e trimestre 2026, il faut noter que le profil d’évolution du PIB (comme celui de la valeur ajoutée) a été significativement révisé à la hausse pour les trois trimestres précédents. L’acquis de croissance pour 2026, c’est-à-dire la progression annuelle obtenue en supposant que le PIB se stabilise à son niveau du 2e trimestre sur le restant de l’année, s’élève ainsi à 0.8%, soit un résultat comparable à celui qui prévalait à l’issue de la précédente publication des comptes trimestriels. Sur base de ces éléments, la croissance de 1.2% prévue par le STATEC pour l’année 2026 dans son ensemble (cf. Note de conjoncture 1-26[2]) demeure atteignable.
La valeur ajoutée en volume est également affectée d’une baisse de 0.9% sur un trimestre au 2e trimestre. Cette baisse résulte surtout de celles enregistrées dans les branches des activités financières et d’assurance (dont les résultats demeurent dynamiques exprimés en valeur, car portés par des effets de valorisation, cf. ci-après), de l’industrie et des services aux entreprises. Les services d’information et communication ont à l’inverse apporté une contribution positive (et ce pour le quatrième trimestre consécutif) à l’évolution de la valeur ajoutée en volume, de même que les activités à dominante non marchande (administration publique, éducation et santé).
Concernant les révisions au niveau des données annuelles de 2024 et 2025, les plus significatives à la hausse pour la valeur ajoutée en volume concernent les services aux entreprises ainsi que l’industrie. Les performances des services d’information et communication et de ceux de la branche « Commerce, transports, hébergement et restauration » ont en revanche été revues à la baisse.
PIB en volume, Luxembourg vs. zone euro
Sources : Eurostat, STATEC (données désaisonnalisées)
Et pour la suite ?
Après une nette dégradation au 2e trimestre, faisant suite au début du conflit en Iran, les enquêtes de conjoncture du 3e trimestre ont globalement témoigné d’une amélioration du moral des entreprises et des ménages, que ce soit dans l’ensemble de la zone euro ou au Luxembourg[3].
Pour le dernier trimestre de l’année, les perspectives sont a priori bien moins réjouissantes, notamment à cause du contexte géopolitique au Moyen-Orient. Le prix du pétrole poursuit sa remontée, débutée en juillet (il franchit de nouveau la barre des 115 USD sur la fin d’octobre), relançant les pressions inflationnistes et le durcissement des politiques monétaires. Ces développements devraient affecter la demande des ménages et l’investissement des entreprises, déjà nettement éprouvés par les conséquences de la crise énergétique de 2022-2023. Par ailleurs, notamment en réaction à la remontée des prix de l’énergie (et son impact rapide sur le pouvoir d’achat) ainsi que de difficultés pour l’accès au logement, les mouvements sociaux s’étendent dans plusieurs pays d’Europe (France, Italie, Portugal, Grèce, Belgique et Espagne).
[1] Les comptes annuels complets pour l’année 2024 ont été révisés et une première estimation des comptes annuels complets pour l’année 2025 a été effectuée. Ces révisions intègrent notamment de nouvelles informations qui sont disponibles uniquement sur une base annuelle, de nouvelles sources de données et des adaptations méthodologiques.
[2] https://statistiques.public.lu/dam-assets/catalogue-publications/note-conjoncture/2026/ndc-1-26-web.pdf (Pdf)
[3] Avec deux exceptions à ce constat : une baisse de la confiance des entreprises de la construction en zone euro ainsi que de ce celles du commerce de détail au Luxembourg.
International
Évolution des taux d’emprunts à 10 ans depuis le 27 février 2026
Source : Macrobond
Des taux souverains en hausse dans les économies du G7
Depuis le déclenchement de la guerre en Iran le 28 février 2026, les marchés obligataires souverains se sont considérablement tendus. Le taux souverain à 10 ans affiche une hausse particulièrement marquée en France (+180 points de base), suivie de l’Italie (+133 pb), des États-Unis (+116 pb), du Royaume-Uni (+108 pb), du Japon et de l’Allemagne (+77 pb chacun), et du Canada (+74 pb). Les taux français et américain ont dépassé les 5% au cours du mois de novembre, un record depuis 2002, tandis que le Japon se situe à son plus haut niveau depuis 30 ans.
Cette hausse synchronisée des taux souverains du G7 s’explique par une conjonction de facteurs : pressions inflationnistes croissantes, politiques monétaires restrictives, demande de financement mondial accru auquel s’ajoute un environnement international instable. Par ailleurs, le creusement des déficits et l’alourdissement des dettes publiques poussent les investisseurs à exiger une prime de risque supérieure. La hausse des taux accroit la charge de la dette ce qui peut, à terme, soulever la question de la soutenabilité de la dette publique des économies les plus endettées.
Inflation 1/2
Prévisions d'inflation en zone euro
Source : Oxford Economics
Révision à la hausse des prévisions d’inflation
Suite à la forte hausse des prix du Brent observée cet été, Oxford Economics (OE), dont les projections servent de base aux prévisions du STATEC, a sensiblement revu à la hausse ses perspectives d'inflation pour la zone euro pour la fin de l'année 2026 et pour 2027.
En juillet dernier, le scénario central d'OE reposait encore sur un reflux du prix du Brent à 74 USD le baril au 3e trimestre et à 72 USD au 4e. Désormais, le Brent s'établit à environ 96 USD en T3 et atteindrait même 112 USD en T4. En 2027, la décrue serait plus graduelle, le prix du baril passant de 105 USD au 1er à 88 USD au 4e trimestre. Avec ces nouvelles hypothèses, les perspectives d'inflation énergétique en zone euro ont été fortement révisées à la hausse : +4.7 points de % en 2026, pour atteindre 10.2%, et +5.2 points en 2027, pour s'établir à 2.4%. L'inflation globale est, quant à elle, relevée de 0.4 point en 2026 (à 3.0%) et de 0.7 point en 2027 (à 2.7%).
Concernant l'inflation alimentaire, la remontée anticipée en juillet, qui devait porter la hausse des prix aux alentours de 2% en fin d'année, ne s'est pas matérialisée à ce stade (+1.2% en T3). La combinaison de la hausse des coûts énergétiques et d'événements météorologiques extrêmes devrait plutôt raviver les pressions inflationnistes sur les produits alimentaires en 2027 (+2.9%, contre 2.4% dans les projections de juillet). Le STATEC sortira ses prochaines prévisions d’inflation pour le Luxembourg le 4 novembre 2026.
Secteur financier
Valeur ajoutée brute du secteur financier au Luxembourg
Source : STATEC (données désaisonnalisées)
Les valorisations progressent, les volumes se replient
Au 2e trimestre, la valeur ajoutée brute (VAB) du secteur financier à prix courants a progressé de 2.9% sur un trimestre (+12.8% sur un an). Les compagnies d’assurance-vie ont vu leurs primes augmenter de 11% sur les produits à rendement garantis (+23% sur un an) alors que les produits en unité de compte se sont légèrement repliés
(-0.9% sur un trimestre, +3% sur un an). Les résultats des banques se sont accrus de 8% sur un trimestre (+6.5% sur un an), portés par la remontée des marges sur intérêts et par la hausse des revenus nets sur commissions des banques dépositaires. Ces dernières bénéficient en effet de la forte progression des actifs des organismes de placement collectifs (+8% sur un trimestre, +16% sur un an) tirée par les valorisations des actifs.
Ces valorisations sont toutefois neutralisées lors du passage de la VAB à prix courants (en valeur) à la VAB à prix constants (en volume), cette dernière étant nécessaire au calcul du PIB réel. Les indicateurs utilisés pour déflater la VAB – c’est-à-dire pour enlever les effets prix et les valorisations des services financiers – sont principalement les taux d’intérêt, la valorisation des actifs des fonds d’investissement et les prix à la consommation des services financiers. Ces prix implicites ont augmenté de 4.5% sur un trimestre (+14% sur un an), pesant sur l’évolution de la VAB en volume (-1.5%, -0.8% sur un an).
Marché du travail
Taux d'emplois vacants
Sources : ADEM, STATEC (données désaisonnalisées)
Davantage de postes à pourvoir dans la santé, la construction et le commerce
Le taux d’emplois vacants, qui rapporte les postes ouverts (déclarés à l’ADEM) à l’ensemble des postes ouverts et occupés, a été divisé par deux entre la fin de 2022 (niveau record de 2.7% atteint lors de la reprise post-Covid) et le début de 2025. Depuis lors, il s’est globalement stabilisé. Cette apparente stabilité masque toutefois des évolutions contrastées selon les branches d’activité.
Les services aux entreprises enregistrent la baisse la plus marquée. Après avoir atteint près de 7% à l’automne 2022, le taux d’emplois vacants est progressivement retombé à 2% au 3e trimestre 2026
(-340 postes vacants sur un an). Dans l’industrie et les transports, le nombre de postes à pourvoir se replie également (-140 et -70 postes resp. sur un an). En revanche, le taux d’emplois vacants atteint des niveaux records dans la santé et l’action sociale (+230 postes sur un an, soit +1/3), même si l’expansion des effectifs de cette branche figure parmi les plus dynamiques (+4.0% sur un an au T3 selon des données préliminaires). La construction compte aussi 200 offres d’emploi supplémentaires qu’un an auparavant, faisant écho à l’amélioration des perspectives d’embauche des entreprises du secteur, et le commerce un peu plus de 100.
Salaires
Coût salarial moyen
Source : STATEC – comptes nationaux
Ralentissement marqué des salaires au 2e trimestre
Le coût salarial moyen (CSM) a bien décéléré au 2e trimestre au Luxembourg, progressant de seulement 2.1% sur un an, après 3.7% au trimestre précédent. Ceci est d’un côté lié à une moindre contribution de l’échelle mobile des salaires (+1.7% au T2 contre 2.5% au T1). Avec la tranche indiciaire de juin 2026, cette contribution augmentera de nouveau au 3e trimestre (à 2.5%). De l’autre côté, une baisse prononcée des primes et gratifications (environ -5% sur un an par salarié) a freiné l’évolution du coût salarial. Ce recul concerne notamment la branche de la santé et de l’action sociale en raison d’un effet de base (primes particulièrement élevés au 2e trimestre 2025), ce qui explique le fort recul de la contribution des activités non-marchandes à la croissance du CSM total. Une baisse importante des primes et gratifications s’observe aussi dans la branche de l’information et de la communication.
Par ailleurs, la hausse des cotisations patronales (liée à la réforme des pensions) contribue de façon stable et positive à la croissance du CSM depuis le début de 2026. Les hausses autonomes de salaires (hausses hors indexation et facteurs susmentionnés) y contribuent aussi, mais de manière plus limitée qu’en 2025.
Inflation 2/2
Évolution des prix de la mémoire et du matériel informatique lié
Sources : Eurostat, Stanford University
*Indices des prix à la consommation relatifs à ces produits en zone euro
L’IA met la pression sur les prix des mémoires
Depuis l’automne 2025, les prix de la mémoire ont fortement augmenté sous l’effet du boom de l’intelligence artificielle. La demande des centres de données dédiés à l’IA, grands consommateurs de mémoire DRAM, a mobilisé une part croissante des capacités de production mondiales, réduisant les volumes disponibles pour les autres usages. Cette réallocation a entraîné une forte hausse des prix des mémoires et, par ricochet, des supports de stockage et de certains équipements informatiques.
En zone euro, les prix des supports d’enregistrement vierges, comme les clés USB ou les disques durs externes, ont ainsi progressé de 52% sur un an en septembre 2026, ceux des ordinateurs, ordinateurs portables et tablettes de 12%, et ceux du matériel de téléphonie mobile de 1.5%. Pour cette dernière catégorie, la remontée des prix demeure toutefois récente. Les évolutions observées au Luxembourg sont globalement similaires.
Cette tendance à la hausse en 2026 contraste avec ce qui a été observé sur les 25 dernières années. Depuis le début des années 2000, ces prix suivaient en effet une tendance structurellement baissière, liée aux gains de productivité et au progrès technologique.
Énergie
Prix au comptant du gaz et de l'électricité
Source : Macrobond
La guerre en Iran se répercute sur d’autres prix de l’énergie
Le conflit au Moyen-Orient a d’abord provoqué une forte hausse des prix du pétrole et des produits pétroliers. Toutefois, ses répercussions commencent également à se faire sentir sur les autres marchés de l’énergie. Depuis le début du conflit, les prix du gaz sur les marchés de gros ont ainsi amorcé une hausse, le Moyen-Orient représentant près de 20% de la production mondiale de gaz naturel. Comme lors de la crise énergétique de 2022, la hausse des prix du gaz exerce également une pression à la hausse sur les prix de l’électricité, en raison du fonctionnement du marché européen de l’électricité. Les prix du gaz et de l’électricité restent néanmoins nettement inférieurs aux niveaux observés en 2022.
Au Luxembourg, cette hausse n’est pas encore visible dans les prix à la consommation pour les ménages. En effet, les fournisseurs d’énergie couvrent une part importante de leurs besoins en achetant leur énergie à l’avance. Toutefois, si la hausse des prix de gros se prolonge, elle pourrait progressivement se répercuter sur les prix du gaz et de l’électricité payés par les ménages. Certaines entreprises peuvent déjà en ressentir les effets, la transmission des variations des prix de marché étant généralement plus rapide pour les clients professionnels que pour les particuliers.
Tableau de bord
Source : STATEC. Cvs - corrigé des variations saisonnières, CNT - Comptes nationaux trimestriels. 1 Estimations sur base de données semestrielles
Repères
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